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Mort de Jean-Michel Lambert. « Le petit juge » marqué à vie par l'affaire Grégory

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photo jean-michel lambert, premier juge d'instruction de l'affaire grégory, en a été marqué à vie. © d.r.

Jean-Michel Lambert, premier juge d'instruction de l'affaire Grégory, en a été marqué à vie.© D.R.

« Bouffé », « meurtri », « marqué à vie ». Ainsi s’exprimait l’ancien juge Jean-Michel Lambert à propos de l’affaire Grégory. Retrouvé mort ce mardi soir à son domicile du Mans à l'âge de 65 ans, il avait été désigné comme l’un des responsables de ce fiasco judiciaire avant de retomber dans l’anonymat des prétoires et de se consacrer à l’écriture.

Il est mort à 65 ans, ce mardi soir. Il a été retrouvé sans vie, dans le bureau de son domicile du Mans. L'ancien juge Jean-Michel Lambert n'est plus, lui qui aura passé une grande partie de sa vie à tenter de résoudre, puis d'oublier l'affaire Grégory.

En cette année 1984, il est jeune. Et il a récemment décroché son premier poste de magistrat. Ce 16 octobre, avec la mort d’un petit garçon dont la France entière va apprendre le prénom commence une affaire effroyable qui va le marquer à vie.

Car « le petit juge » a 32 ans quand on retrouve le cadavre de Grégory Villemin, quatre ans, ligoté dans la Vologne. Il est alors le seul magistrat instructeur à Épinal (Vosges). Et il commence son enquête sous les regards d’une presse surexcitée.

Lunettes d’étudiants, costumes trop larges

Ses lunettes d’étudiant en droit, ses costumes gris trop larges, font rapidement la une des médias pour ce qui va devenir l’une des plus grandes énigmes criminelles françaises du XXe siècle.

« En fait, je n’étais pas trop jeune, mais débordé. J’avais des centaines de dossiers à traiter. Au début, je n’ai pas pu accorder toute l’attention qu’elle méritait à cette affaire », assurait Jean-Michel Lambert dans un entretien en 2014.

Inculpations et incarcérations infructueuses - celle de Bernard Laroche puis de Christine Villemin, la mère de l’enfant -, investigations bâclées, erreurs de procédure, violation du secret de l’instruction : pour beaucoup, le magistrat était en partie responsable de ce fiasco.

« Des conséquences irréparables »

« Focaliser l’attention sur ce seul juge Lambert a permis d’atténuer l’échec de l’institution judiciaire » dans son ensemble, estimait en 2014 Paul Prompt, ex-avocat de la famille Laroche, décédé en février 2017.

« Il ne maîtrisait pas la procédure. Certains de ses actes ont eu des conséquences irréparables », relevait toutefois Laurence Lacour, qui a couvert l’affaire pour la radio Europe 1 et en a tiré un livre, « Le Bûcher des innocents ».

Trente ans après l’assassinat de Grégory, Jean-Michel Lambert se disait toujours persuadé de l’innocence de Bernard Laroche, laissant planer le doute sur Christine Villemin, mise hors de cause par la justice.

Il admettait que cette affaire l’avait « bouffé, meurtri, marqué à vie ». « J’avais des accès de boulimie, je voyais se profiler une dépression », racontait l’ancien magistrat, dessaisi du dossier Grégory en 1986.

Placardisé

Il ne reviendra jamais à l’instruction. Nommé en 1988 juge du siège à Bourg-en Bresse (Ain), il part en 2003 au tribunal de grande instance du Mans, où il terminera sa carrière.

Jean-Michel Lambert s’était aussi consacré à l’écriture. Son premier ouvrage, « Le Petit Juge », provoque un scandale lors de sa sortie trois ans après l’assassinat. Il y évoque sa vie intime pendant qu’il instruisait le dossier Grégory, « le charme étrange » de Christine Villemin, ses larmes lorsqu’il l’a inculpée de l’assassinat de son fils.

Par la suite, il avait publié une dizaine de livres, essais ou romans, aux titres déroutants : « Regards innocents », « Confession fatale », « Scrupules », « Un Monde sans vérité »… Certains ont rencontré le succès comme « Purgatoire », prix Polar du festival du roman policier de Cognac en 2001.

« De combien d’injustices suis-je coupable ? »

En 2014, année de son départ à la retraite, il avait sorti un dernier ouvrage : « De combien d’injustices suis-je coupable ? ». « C’est un mea culpa, mais tous mes pairs pourraient suivre la même démarche. Nous sommes tous amenés à commettre des fautes », expliquait-il sans s’épancher davantage.

Rien ne le prédestinait à hériter d’un dossier aussi colossal que l’affaire Grégory. Né en 1952 à Jarnac (Charente), le jeune homme s’oriente vers la magistrature pour « protéger le citoyen et plonger au cœur des réalités les plus dures et les plus sombres ». Il sera servi.

Ces dernières semaines, les projecteurs s’étaient de nouveau braqués sur « le petit juge » d’Épinal avec la diffusion d’images d’archives dans les médias, alors que l’affaire Grégory fait de nouveau la une, avec la mise en examen d’un grand-oncle et d’une grand-tante de Grégory ainsi que de Murielle Bolle, l’un des témoins-clé de l’affaire.

Sans oublier la publication ce mardi matin, quelques heures avant la mort de Jean-Michel Lambert, d’extraits des carnets personnels du juge Maurice Simon, qui avait pris sa suite en 1987. Et ne s’était pas privé de violemment critiquer son confrère.

 
Ouest-France  

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